Samedi 3 avril 2010 6 03 /04 /Avr /2010 12:44

  Hubert Robert, "Incendie à Rome"

 

2001 : Suite aux attentats du 11 septembre, l’administration Bush vend son inextinguible guerre au terrorisme en s'attaquant à l’Afghanistan. Quelques armes d'affabulation massive et autres fioles de faux anthrax plus tard, ce sera le tour de l’Irak en 2003. Les relations entre l'occident chrétien et le tiers-monde musulman virent alors à la guerre de civilisations.

 

Cette semaine, après plusieurs évènements similaires liés à la guerre en Tchétchénie et aux mouvements islamistes s’étendant dans le nord du Caucase, 39 personnes périssent à Moscou dans l’attentat suicide de deux jeunes veuves de guerre, suivis de 12 morts au Daguestan. Le président Medvedev promet de durcir encore les méthodes anti-insurrectionnelles du pouvoir russe, et jure d’anéantir les responsables. Les coupables étant morts avec leurs victimes, restent les responsables, qui sont tout désignés.

 

Les temps sont à ce que les dirigeants assoient leur pouvoir moins sur l’apaisement des conflits que sur la surenchère. Par chance, le déséquilibre des forces n’est pas en faveur de l’ennemi.

 

En France, hors de Corse, pas grand-chose à se mettre sous la dent depuis 1995, mais à l’automne 2005, la mort par électrocution de Bouna et Zyed deux mineurs innocents de 15 et 17 ans tentant d’échapper à la BAC donnera lieu à des mouvements de rue, qui dégénèreront en émeutes après le tir d’une grenade lacrymogène de police à l’extérieur d’une mosquée.

 

Se propageant de banlieue en banlieue à travers le pays, ces émeutes fourniront plusieurs semaines d'actualités rythmées par les incendies de véhicules au ministre de l’intérieur d’alors, qui deviendra deux ans plus tard le président du gouvernement le plus sécuritariste et xénophobe, et le moins respectueux du principe de neutralité religieuse que la Ve république ait connu.

 

A mi chemin du bilan de son mandat, l’omniprésident tirera cette leçon de la déculottée magistrale infligée en régions à sa vingtaine de ministres candidats: A droite toute! Exit la taxe carbone, exit le petit père des pauvres, et le bouclier fiscal tiendra bien jusqu’à ce qu’on puisse le négocier avec la réforme des retraites.

 

Et curieusement, voila soudainement qu’un reportage de TF1 coïncide avec une descente de police pour finir, par l’incendie d’un bus, de convaincre les électeurs que leurs cités vivent sous le joug de dealers millionnaires et surarmés, arabes et noirs, crapules et musulmans… Tremblay en France !

 

Le prince pompier pyromane nous promet l’intensification des « opérations coup de poings », dans ces quartiers en haillons où l’Etat ne met plus les pieds qu’en bataillons.

 

Voici lancée la campagne des élections présidentielles de 2012, en un mot de quatre lettres à la portée du plus grand nombre : La peur.

 

La peur de l’immigré et la peur du musulman, qui se marient bien.

 

La peur du pédophile et la peur du terroriste, auxquelles il faut sacrifier nos libertés.

 

La peur du FN et la peur de l’ultra-gauche, qui appelleront au rempart républicain.

 

La peur de la crise et l’inquiétude d’une gauche que ses divisions devraient rendre impuissante.

 

En 64 après Jésus Christ, Rome brûla durant six jours et sept nuits ; contemplant l’incendie du haut du Quirinal, Néron chantait en jouant de sa lyre.

On tint les chrétiens pour responsables, et on les jeta aux lions dans l’arène du cirque.

 

                                                                                                                                               Enki

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Lundi 29 mars 2010 1 29 /03 /Mars /2010 13:24

 

J’ai quitté ceux qui m’ont fait naître pour d’autres dont j’enviais la prospérité.

 

Pour m’intégrer, j’ai accepté chez eux les plus basses besognes, et j’ai renié ma culture d’origine pour apprendre la leur.

 

Aujourd’hui, je suis un étranger chez ceux qui étaient mes frères, et je reste un étranger chez ceux que j’ai rejoint.

 

Ceux-là me nomment le traître, et ceux-ci m’accuseront bientôt de tous les maux.

 

On m’accuse d’être un mauvais mari, on me stigmatise, on me caricature. Certains, que j’appelle fachos, s’en prennent même à mon physique, à mes yeux de fouine.

 

Je serai bientôt le bouc émissaire de mes nouveaux amis, et là, ils me feront un charter pour me renvoyer là  d’où je viens.

 

Mais plus personne ne m’y attend.

 

Qui suis-je ? Voir le quizz! 

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Lundi 22 mars 2010 1 22 /03 /Mars /2010 15:31
Au lendemain du grand chelem de ses portefeuilles ministériels en campagne brutalement rappelés à la gravité, faut-il croire que le sarcosuchus imperator soit un looser?

Ce fut une étrange et paradoxale campagne. Malgré un traitement médiatique minimaliste, et le discours officiel lui déniant un enjeu national, 20 ministres sur 39 étaient engagés dans les élections. Non moins étrange fut cette erreur de démagogie élémentaire commise dès l'entre deux tour en restant sourd au message des urnes. Le sarcopte aurait-il perdu la main? 

Se serait-il laissé surprendre par la réplique tricolore de la vague rose sur les régions, et la sanction de son mi-mandat, d'autant plus prévisible que les ministres sont allés chercher leur claque?

N'a t'il pas vu venir la résurrection du Front National, dont le ministère de l'immigration et de l'identité nationale a généreusement assuré la campagne?

Est-ce la chute de l'UMP?

Une chute n'a de bonnes chances d'être mortelle que si la tête heurte le sol, or ce ne sont que des membres du gouvernement qui se sont fait mettre au tapis. Dans les arts martiaux japonais, on appelle sutemi une action en sacrifice. En jujitsu (technique de la souplesse), ancêtre du judo, sutemi-waza est l'ensemble des techniques par lesquelles on provoque la chute de son adversaire en se laissant volontairement tomber au sol, comme l'illustre cette vidéo:







Alors... Son Altesse Royale, K.O. ?

Au lendemain du désaveu cinglant infligé à la droite gouvernementale, c'est plus la cohésion de son propre camp qui semble préoccuper le mari de la chanteuse que le message des urnes et la montée en puissance de l'opposition par la construction d'une gauche solidaire.

Il fallait que l'UMP perde cette bataille pour gagner 2012, et il fallait que l'opposition la gagne pour qu'elle puisse perdre 2012.

S'il avait fallu attendre les élections présidentielles pour que s'exprime la sanction de l'action gouvernementale, elle eût été sans appel, tandis que descendre une marche du piédestal du pouvoir absolu rendra l'omniprésident moins haïssable. Surtout, il s'agît de laisser la gauche occuper un terrain où l'on compte bien qu'elle s'embourbe.

Car de même qu'il ne fallait pas attendre 2012 pour que s'exprime le vote sanction, il ne fallait pas retarder plus les noces du Parti Socialiste avec Europe Ecologie et le Front de Gauche, afin de lui laisser le temps d'échouer.

L'alliance scellée est victorieuse et le lendemain de la lune de miel, déja, Daniel Cohn Bendit lance son appel du 22 mars. Basée sur une analyse lucide et pertinente de la nécessaire évolution des partis, son initiative vise à renforcer et structurer Europe Ecologie par la création d'un réseau militant, en nulle façon il ne s'agit de définir un corpus idéologique écologiste au sein de la gauche rose-vert-rouge, mais bien d'en faire la gauche verte-rose-rouge par la lutte des appareils.

24h et déja la gauche verte fait cavalier seul, tandis que Ségolène Royal boude la photo de famille du PS. S'estimant propriétaire en son nom du score de sa liste en Poitou-Charentes, tout comme elle s'est crue intronisée par la candidature présidentielle, miss fraternité continue sa campagne anti-PS. Bien que l'armistice ait été signé sous le premier secretariat de Martine Aubry, les commentateurs attendent avec impatience la reprise de "la guerre des chefs".

Dans un machiavélique cerveau de droite, comment imaginer que la gauche puisse ne pas s'entredéchirer, maintenant que la co-gestion des régions lui donne un os à ronger ensemble, et qu'il faut en faire émerger les dominants.

"Il n'en restera qu'un(e)"... ça va saigner!

Pour l'Elysée, il valait mieux une victoire écrasante de l'opposition que de limiter les dégats.

Parce que les Français connaissent en réalité très peu le rôle des régions, moins encore celui des départements, et qu'il sera facile de leur faire croire n'importe quoi. Les fiches de communication et les éléments de langage sont déjà prêts, n'en doutons pas, et ils consisteront à reporter le bilan social du gouvernement sur les régions, et accuser une opposition, pourtant impuissante au parlement, d'entraver les salvatrices et nécessaires réformes de la droite.

Pourquoi la gauche s'opposerait-elle à la réforme des collectivités territoriales? - Pour sauver les places qu'elle occupe en majorité, bien sûr. 

Pourquoi le budget des régions explose t-il? Parce que l'état décentralise les charges, les personnels et les responsabilités sans leur juste financement compensatoire, ou parce que la gauche ne sait pas gérer les dépenses publiques sans faire augmenter les impôts?

La gauche a voulu tenir, en région,  le bouclier social au dessus de la tête des Français. Qui ceux-ci blâmeront-ils de ce qui passe à travers? Ceux qui font tomber la muraille, ou ceux qui tiennent le dernier bouclier en se disputant?

Dès la mise en place du RSA, Rue89 publiait mon témoignage de l'engorgement des CAF, article qui fût repris dans Marianne. Bien que la situation des CAF n'ait fait qu'empirer, et qu'elles soient dans le quotidien de très nombreux Français un rempart vital contre la précarité, aucun traitement médiatique plus conséquent n'a rendu compte de la gravité de cette situation depuis. Alors que les collectivités locales ramassent ces pots cassés, ce sont elles que l'on blamera dès 2011 de la précarisation croissante.

Dès 2011, les souffrances quotidiennes du peuple seront mises sur le dos de la crise et des régions de gauche aux prévisibles querelles intestines. Le gouvernement de campagne qui sera alors mis en place, lui, prétendra avoir les bonnes réformes pour faire face à la conjoncture, mais être géné par une opposition stérile dans leur mise en place.

Pire: L'ultra-droite dite "classique" se posera en rempart dit "républicain" contre la montée du Front National, que l'on doit, toujours dans le discours qu'il faut attendre de l'UMP, au laxisme et à la bien-pensance de la gauche face aux phénomènes migratoires et identitaires.

Il serait suicidaire, pour les gauches françaises, de se reposer sur leurs lauriers.

Il serait suicidaire de ne pas voir que la bataille ne fait que commencer pour l'alliance des gauches, et qu'elles sont elles-mêmes leurs pires ennemis dès que la concurrence prend le pas sur la collaboration.

Il serait suicidaire de prendre pour une victoire ce qui n'est qu'une chute volontaire de l'adversaire.

Il est urgent de cesser de jouer le jeu de la droite, en cessant de présidentialiser les enjeux et le pouvoir ; il est crucial de les rendre à un contrat de gouvernement solidaire et une majorité tripartite.

Le machiavélisme du prince de Neuilly (père) n'est pas infaillible, il a commis deux erreurs qui, ensemble, pourraient lui être fatales. La première pourrait profiter au PS, mais c'est sur la seconde que la gauche devrait se concentrer.

La première erreur du maître de l'UMP, c'est d'avoir provoqué l'anéantissement du MODEM en vassalisant une partie du centre. Bayrou isolé dans son dernier carré, non seulement conforte les socialistes dans le choix d'un recentrage et d'une alliance à gauche, mais de plus il laisse la place à celui qui a échappé au croc du boucher pour sortir du bois aujourd'hui. "De Villepin, combien de divisions?" - Tout ce qui quittera le navire, du centre à la droite gaulliste. C'est une alternative sérieuse, suffisamment pour coincer la future ex-droite élargie dos au FN.

En second lieu, il est une valeur commune à tous les militants de gauche, quel que soit leur parti. Ce principe, dont ils ne tendent à se détacher qu'en devenant candidats, les lie, et le maître du jeu y est étanche, ce qui fonde chez lui l'erreur de la sous-estimer. Ce fondamental de la gauche, c'est ce que les japonais appellent shūdan no kokoro : L'esprit collectif.

Faute de défendre ce qu'ils partagent, et de fonder leur force sur l'esprit collectif, le mélange des militants roses-verts-rouges pourrait ne donner que du "framboise écrasée". 


                                                                                                                                                           Enki
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Samedi 20 mars 2010 6 20 /03 /Mars /2010 21:24

Il était une fois une bande de potes qui se retrouvaient régulièrement pour partager un repas au restaurant.

 

Les voici sur un trottoir de centre-ville à discuter des options.

 

Karen : On va à la pizzeria, comme d’hab’, non ? 

Boubacar : Ou au chinois, c’était pas mal la dernière fois. 

Nicole : Il y a une brasserie pas trop chère aussi, on m’en a dit du bien. 

Michel : Et pourquoi pas un libanais, pour changer ? 

Sarah: J’ai envie de sushi, ça vous dit pas, des sushis ? Il y a un japonais là-bas. 

Hervé : Bah… Un fast-food, c’est cool non ? J’ai des tickets de reduc’.

 

Nathalie : J’en sais rien moi, y’a rien qui me tente plus que le reste, tout me va, on fait comme vous voulez.

 

Charlie … ne dit rien.

 

Hervé dit : Oui, un fast-food c’est bien, pour Charlie aussi, il n’aime pas les restos de toutes façons.

 

Charlie ? Qu’est-ce que tu votes ?

 

Charlie ne vote pas.

 

Charlie a son mp3 sur les oreilles, qui l’intéresse plus que les argumentations gastronomiques, il regarde passer les filles, tape des sms sur son portable. Il suivra les autres de toutes façons, attend qu’ils se décident sans lui, il se plaindra du service ou de la cuisson de la viande, ce ne sera ni assez copieux, ni assez bon pour Charlie, car pour Charlie, le resto c’est naze, il n’aime que la cuisine de maman. Une fois, Charlie a eu envie d’une choucroute, mais les autres on voulu manger chinois, alors Charlie fait la gueule. Il vient à chaque fois quand même, et on ne l’oublie jamais, il fait partie de la bande, c’est comme ça.

 

Mais Charlie ne vote pas.

 

Un Charlie ça va, c’est quand il y a une majorité de Charlie que l’on passe la soirée sur le trottoir pour finir avec un sandwiche.

 

Parce qu’à l’heure de choisir, Nathalie vote blanc, mais Charlie, il faut deviner ce qu’il veut, et il n’a rien à proposer.

Ce qui ne l’empêchera pas de se plaindre.

 

Le parti des vainqueurs.

 

Comment en est-on arrivé à ce que, avec 59,37% aux élections européennes de 2009 et 53,6% au premier tour des régionales, le parti des abstentionnistes soit devenu majoritaire ?

 

Il faut noter qu’aux deux tours des élections présidentielles de 2007, l’abstention n’est que de 16,22 et 16,03%  alors qu’un mois après, elle est de 39,6 puis 40% aux législatives. Avec l’électrochoc du premier tour des présidentielles de 2002, elle était passée de 28,4 à 20,3% mais remontée en un mois à 35,6 et 39,7% pour les élections législatives.

 

Malgré la vivacité du débat, dépassant historiquement la campagne officielle dans l’opinion et sur internet, 30,6% des électeurs s’abstinrent au référendum sur le traité européen en 2005, le record absolu ayant été atteint en 2000, où 69,8% d’entre nous boudèrent le référendum sur le quinquennat.

 

Depuis une quinzaine d’années, l’abstention oscille entre 35 et 45% pour les élections cantonales, elle est d’une trentaine de pour-cent aux municipales.

 

Les Français s’impliquent dans le choix du chef de l’Etat,  un peu aussi dans celui du chef du village, la composition de l’assemblée nationale les mobilise moins, mais plus que les conseils régionaux et départementaux, quant au parlement Européen et les questions institutionnelles, elles ne les intéressent que pour s’en plaindre.

 

On peut voir que l’abstention est inversement proportionnelle à la personnification du suffrage. Les visages intéressent plus que les programmes, les personnalités plus que leurs partis. Notoriété, médiatisation et proximité appellent aux urnes plus que l’adhésion idéologique. En clair : Plus le vote demande de maturité démocratique aux citoyens, plus ils sont nombreux à s’abstenir. Plus l’enjeu est abstrait, moins il est incarné, plus l’abstention est forte.

 

On peut spéculer longuement sur ces chiffres, et l’on ne s’en prive pas.

 

C’est devenu un sport national : Le peuple s’abstient, les chroniqueurs et les politiciens spéculent sur l’abstention. Quel pain béni, pour ceux là, que ces citoyens à qui l’on peut faire dire ce que l’on veut, en étant sûr d’être celui qui comprend le mieux Charlie!

 

Parmi toutes les causes de l’abstention, on omettra toujours celle-ci : L’effet boule de neige du vedettariat abstentionniste, le parti des vainqueurs !

 

En Belgique, le vote est obligatoire, du moins symboliquement parce qu’en réalité le manquement à cette obligation n’est plus sanctionné depuis une trentaine d’années. Et malgré la structure et le calendrier électoral qui appellent les belges aux urnes quasiment tous les ans, la somme du taux d’abstentions, de votes blancs et nuls est stable aux alentours de 16% depuis… 1919 ! Est-il une telle différence culturelle entre un Belge de Tournai et un Français de Lille, qui justifierait cet écart ? Probablement pas, mais l’abstention y est une incivilité, tandis qu’en France, elle est une sympathique rébellion à la bien-pensance civique qu’il faut respecter, écouter, prendre en compte.

 

Il ne faut pas dire du mal de l’abstentionniste français, il faut gloser sur le message qu’il envoie en se taisant, il faut lui dire qu’on le comprend, qu’on lui pardonne et qu’il est le bienvenu au second tour.

 

Celui qui s’est déplacé pour mettre son bulletin dans l’urne est bien moins intéressant que celui là, qui se fait désirer par son absence auréolée du mystère que les savants analystes décrypteront, et le réservoir de voix qu’il représente et qu’il faut courtiser.

 

Programme de la coalition unitaire du parti des absents.

 

Aussi périlleux soit-il de vouloir deviner les motivations de ceux à qui un aller-retour au bureau de vote semble une contribution exagérée à vivre dans un  pays démocratique, on ne peut considérer leur masse comme uniforme.

 

Clairement, on peut faire deux catégories d’abstentionnistes :

 

-         Ceux  qui ne se trouvent pas de raison d’aller voter.

-         Ceux qui se trouvent des raisons de ne pas aller voter.

 

La première catégorie regroupe d’une part ceux qui ne comprennent pas à quoi sert la feuille de papier que l’on met dans une enveloppe que l’on glisse dans une boite avec les autres, ils peuvent souvent se trouver incapables, par exemple de définir ce que sont des élections cantonales ; d’autre part, il y a ceux qui n’en ont simplement « rien à foutre », ou qui ne rateront pas un dimanche à la pèche, ce qui ne nécessite pas d’être développé.

 

La seconde catégorie est plus bavarde au café du commerce, et sur les forums de discussion. Elle exprime en général une forte désaffection au jeu des partis politiques :

 

« Tous pareils, les politiques sont tous les mêmes, ils font tous la même chose et ne pensent qu’à leurs carrières », thèse efficacement étayée par les retourneurs de vestes, les petits Besson et les grands Kourchner, ainsi que par tous ceux dont les premières mesures, quelque soit le niveau de responsabilité auquel ils accèdent, seront de veiller à leur train de vie, à leurs amis et leur véhicule de fonction. La concession et le concensus, la faible marge de manoeuvre des partis à vocation gouvernementale agaçent

ces abstentionnistes là.

Des partisans du "tous pareils", peu assument d'être eux même éligibles, ils sont moins nombreux encore à admettre que se refuser une marge de manoeuvre étroite n'aide pas à l'élargir.
 

«Ça ne sert à rien de voter, ils font ce qu’ils veulent, y’a qu’à voir le traité de Lisbonne »

En effet, avec 54,67% de votes non, mettre le traité établissant une constitution pour l’Europe à la porte et le voir revenir par la fenêtre parlementaire avait de quoi faire douter la majorité de l’utilité d’aller voter. Majorité ? Pas vraiment du point de vue de tous, parce qu’avec 30% d’abstentions « faites ce que vous voulez », d’aucuns ont pu estimer que les 45,33% de suffrages exprimés pour le oui n’étaient pas minoritaires.


Chez les partisans du "ils font ce qu'ils veulent", peu sont sensibles à l'argument que voter "faites ce que vous voulez" est une confirmation plus qu'une contestation.

 

L’abstention, un vote neutre ?

 

Les électeurs de gauche qui ont dispersé ou gardé leur voix pour eux au premier tour des élections présidentielles de 2002 ont peut-être un autre avis, après avoir vu le mandat suprême se jouer entre la droite et l’extrême droite alors qu’on leur avait promis un second tour Jospin/Chirac.

 

Chaque électeur ne dispose que d’un bulletin de vote, mais ceci est surtout vrai à gauche.

 

Non seulement, pour de multiples raisons, le taux d'abstention est inversement proportionnel au niveau socioprofessionnel, mais dans le parti des Bouygues et Lagardères,  en plus d’une carte d’électeur, on a bien plus que deux bras pour coller des affiches. La droite du libre marché, celle de l’enrichissement supérieur de quelques uns pour le petit bénéfice théorique de tous dispose, plus que toute autre mouvance, des outils de manipulation de l’opinion. L’agitation des peurs et fantasmes sécuritaires et communautaires est fondée sur le contrôle des médias. La collusion entre la force de communication du grand capital et la droite libérale est une évidence, sans même devoir passer les Alpes pour se pencher sur la carrière de Berlusconi.

 

Dès lors, une abstention n’est pas un vote neutre, c’est une voix de gauche en moins, c'est-à-dire une voix de droite en plus.

 

On pourrait y objecter l’analyse du scrutin du premier tour des régionales, où une droite  pourtant étendue subit une déperdition de voix qui ne sont pas toutes celles que le FN s’est réapproprié. Celles là sont une part sans doute non négligeable des 53,6% d’abstentions, mais y a-t-il là dedans une seule voix des 5 à 10% de possédants dont les intérêts sont défendus par l’Union pour la Majorité Présidentielle, renommée Union pour un Mouvement Populaire? Ne sont-elles pas les voix de ceux qui s’y sont fait solidariser par l’agitation de fantasmes xénophobes, identitaires, sécuritaires, les crédules du « travailler plus pour gagner plus » qui s’attendaient à une part du gâteau de ceux à qui l’on a offert un bouclier fiscal ?

 

En outre, quelle pouvoir donne t’on aux forces politiques qui prônent la justice sociale et la régulation des forces économiques, quand l’électeur s’abstient de les soutenir sans jamais se défausser de sa soumission au marché ?

 

Chaque voix perdue au scrutin est au bénéfice des forces économiques auquelles la démocratie doit se soumettre.
 

Des solutions aujourd’hui?

 

L’idée de rendre le vote obligatoire en France est une sottise absolue. Ce serait perdre définitivement plus de la moitié des citoyens à la démocratie et s’infliger le ridicule insensé de voir le peuple manifester pour avoir le droit de ne pas voter.

 

Le discours moralisant consistant à rappeler le privilège que constitue le droit de vote semble improductif. On assiste à une réaction de rejet de la « bienpensance » quand on rappelle que des français sont morts pour acquérir et conserver le droit de vote, que l’on meurt encore partout dans le monde pour l’obtenir, que la moitié de la population –les femmes- ne l’a acquis qu’en 1944, et que les français non sédentaires ne le possèdent pas encore, puisqu’il n’est octroyé aux gens du voyage qu’après trois ans de rattachement à une commune (ce délai étant de six mois pour les SDF).

 

L’urgence serait en premier lieu de cesser de récompenser l’abstentionnisme en en faisant la vedette de chaque scrutin, mais comment imaginer que journalistes et politiciens s’en privent ?

 

Il existe deux modifications du code électoral qui pourraient nous permettre de stopper l’effet boule de neige de l’abstentionnisme français par leur conjugaison:

 

1-     La prise en compte des votes blancs.

Il s’agirait de donner un poids électoral au vote blanc, et invalider un suffrage qui n’atteindrait pas le quorum des voix exprimées. Une majorité de votes blancs donnerait lieu à la reconduction du mandat des élus en place. Cette idée ne doit pas être comprise comme anti-démocratique, mais comme la formalisation vaccinale des limites de la démocratie avant qu’elle ne s’effondre sous elle-même. Elle permettrait en premier lieu de distinguer l’abstentionnisme je-m’en-foutiste, que l’on pourrait alors appeler absentéisme, du vote indécis, pour lequel l’électeur s’est déplacé, et de lui donner une lecture et un sens. En second lieu, il s'agit de faire pendre sur la tête des électeurs cette épée de Damoclès de la juste conséquence de ne vouloir ni choisir un candidat, ni se présenter soi-même : Valider le statu quo.

 

 

2-     La reconduction de l’abstention au second tour.

La plupart des scrutins s’effectuant en deux tours, c’est la spéculation sur le report de l’abstention qui fonde son vedettariat. Qu’un électeur absent au premier tour ne puisse voter au deuxième éliminerait d’emblée le comportement consistant à laisser le jeu du premier tour se faire pour ne s’impliquer qu’au second. Les candidats et chroniqueurs pourraient ne pas confondre le parti des indécis au vote blanc avec celui des pécheurs à la ligne, le vote blanc s’exprimerait en conscience avec la menace du statu quo, et sans la valorisation dont fait aujourd’hui l’objet l’absentéisme au scrutin. L’électeur qui se déplace a le droit de ne pas être moins considéré que celui qui est resté chez lui, et il est permis d’imaginer qu’un électeur qui se déplace est tenté de réfléchir à son choix, alors que celui qui reste chez lui est tenté de se trouver des justifications.

 

 

Une solution d’hier pour demain.

 

Ces deux clés semblent en mesure de stopper l’effet boule de neige d’un abstentionnisme qui, non content de ne pas être qualifié d’incivilité et de mise en danger de la démocratie, se trouve médiatiquement valorisé plus que la participation au suffrage.

 

Le risque existe de marginaliser et exclure ceux qui ne vont pas voter par incompétence citoyenne, ceux qui n’adhèrent plus aux fondements démocratiques de la société et ceux qui ne les comprennent pas, mais ne pas le faire c’est leur donner le pouvoir de mettre en péril deux siècles de construction républicaine en faisant croître inéluctablement le cancer informe des consommateurs d’un état de droit qui ne se régénèrerait plus par le suffrage populaire.

 

Pour ceux là, il est une troisième clé, qui n’est pas à inventer mais à désoxyder d’urgence, car elle a toujours été la première à garantir la pérennité d’une démocratie : L'accès égalitaire à l’éducation.

 

Nos apprentis citoyens passaient déjà hier plus d’heures journalières devant la télévision à être formés comme consommateurs qu’à être éduqués démocrates, cette génération vote aujourd’hui, ou plutôt s’abstient, laissant le pouvoir du scrutin aux plus de 65 ans. Quel état de droit survivrait à ceux là, qui  se plaignent sans vergogne au service après-vente d’une démocratie dont ils n’ont pas payé le prix ?

 

Nos apprentis citoyens aujourd’hui ont une petite lucarne interactive dans la poche pour que, du lever au coucher, la société de consommation s’assure de leur fidélité en les confortant d’une toute puissance dont l’humilité démocratique les prive. Mais les extraordinaires pouvoirs de communication dont ils sont dotés, leviers inédits de transformation civilisationnelle depuis la presse de Gutenberg ne sont qu’un amplificateur du mouvement de l’histoire.

 

Si l’on continue d’entretenir le cercle vicieux qui encourage et récompense l’abstention, il faut se préparer à ce que la démocratie ne soit plus un mode d’organisation viable pour notre société.

 

Si l’on prend le parti d’enrayer la course de cet effet boule de neige, on peut espérer voir les formidables forces appliquées au changement de la société se mettre au service de l’invention de la démocratie de demain.

 

Ce choix commence par considérer ou non l’abstention pour ce qu’elle est :

 

L’abstention est un piège à cons. Ceux qui ne s'occupent pas de politique n'empèchent pas la politique de s'occuper d'eux.


                                                                                                                                  Enki

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Jeudi 18 mars 2010 4 18 /03 /Mars /2010 11:08

Il était temps que s'achève ma mutation de citoyen en internaute, voici donc mon blog nouveau-né prêt à brailler et m'empêcher de dormir.

Il faudra un peu de patience pour le voir tenir debout et gambader dans la blogosphère. Déja, il fait un peu froid, et il me faut lui trouver un petit bonnet graphique, quelques habits, des chaussons, et prévoir ses prochaines couches.

Merci aux encouragements décisifs de sa marraine " Amonhumbleavis", ma voisine riveraine de Rue89.

N'hésitez pas à lui chatouiller le menton pour lui faire faire "ahreu ahreu".

                                                                                                                        Enki

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